Lors d’une journée sécurité, avez-vous déjà utilisé un blind-test pour alerter sur les atteintes auditives ou bien une pastèque pour sensibiliser sur les chutes de plain-pied ?!

A l’occasion des « journées sécurité » qui fleurissent au printemps sur le terrain des entreprises, je vous raconte comment j’utilise ma créativité de comédien pour réaliser des sensibilisations « originales » sur des thématiques santé-sécurité.

A la fin de l’article, je vous donne quelques conseils pour réussir vos « ateliers de sensibilisation ».

J’attends bien sûr vos réactions et vos anecdotes.

Bonne lecture.

Une « journée sécurité » printanière…

Le printemps apporte une énergie nouvelle après la torpeur de l’hiver.

Les beaux jours entraînent une hausse de notre activité diurne et nos sécrétions hormonales égayent notre humeur, notre moral et notre tonus. Nous sentons l’envie de bouger, de courir et d’investir les rues, les parcs et les terrasses pour profiter de la lumière qui nous a souvent fait défaut durant l’hiver. Nous soldons nos congés et utilisons nos RTT pour profiter des ponts de mai avec notre famille et nos amis. Nous prenons nos voitures, sortons nos motos pour aller nous perdre dans la campagne et jouir de cet avant-goût d’été.

Il y a ce « je-ne-sais-quoi » d’effervescence et d’insouciance dans l’air.

Saviez-vous que les conséquences de cette insouciance, ajoutée à l’augmentation de l’activité, que chacun peut ressentir, se voient aussi dans les statistiques des accidents de la route ?

A la vue du graphique ci-dessous, on observe nettement une hausse printanière de la mortalité avant le pic de l’été et le retour à la hausse sur le début de l’hiver.

Source : Sécurité Routière – Bilan de l’accidentalité 2016 – Tableau : Mortalité mensuelle – Ensemble des usagers de la route

Il semble ainsi que cette insouciance printanière favorise l’inattention chez l’automobiliste.

Ainsi, selon le 4e baromètre européen réalisé par l’institut Ipsos pour la fondation VINCI Autoroute  : “l’inattention au volant est désormais perçue par les conducteurs comme la cause principale de la mortalité routière, devant l’alcool.”

Saviez-vous également que selon une enquête de GEMA Prévention OpinionWay réalisée en 2016, 57% des français interrogés invoquent l’inattention comme cause principale des accidents de la vie courante.

Enfin l’INRS consacre un article aux accidents de types “heurts, glissades et autres perturbations du mouvement” qui ont pour cause apparente l’inattention, le manque de vigilance…

L’inattention occasionne ainsi près de 200 000 accidents du travail avec arrêt, 13 000 incapacités permanentes et une vingtaine de décès chaque année.

Ainsi dans la tête du préventeur aux aguets, une cloche retentit :

Insouciance = inattention = risque d’accidents = il faut agir !

Les entreprises profitent donc des mois d’avril, mai et juin pour organiser çà et là une « journée de la sécurité » (la « journée mondiale de la santé-sécurité au travail » a d’ailleurs lieu le 28 avril de chaque année) à destination du personnel avant le « mur » de l’été.

« Le « mur » de l’été, en formation à la prévention,  c’est cette période joyeuse et détachée où nous « posons notre cerveau » qui revient en partie soulagé des « soucis du boulot » mais aussi des « bonnes pratiques en matière de prévention».

Ainsi, à l’occasion d’une « journée sécurité », il est d’usage de ralentir, voire d’arrêter la production ; ceci afin de consacrer une journée ou une demi-journée pour organiser des ateliers de « sensibilisation du personnel » sur des risques liés aux activités de l’entreprise ou sur des risques plus « généraux » comme les chutes de plain-pied ou le risque routier.

Ces ateliers sont suivis avec plus ou moins de ferveur par les salariés, et même si quelques grincheux peuvent parfois émettre un « je l’ai déjà fait », la plupart des participants passent un bon moment tout en se posant des questions sur les risques liés à leurs pratiques.

Certaines activités, comme celles de la sécurité routière remportent toujours un franc-succès (la voiture-tonneau ou la marche avec des lunettes qui vous mettent dans un état proche de l’ivresse).

Je trouve d’ailleurs, qu’en général, les ateliers de sécurité-routière jouent sur une approche ludique et un engagement du corps, ce qui est particulièrement pertinent pour « réussir une sensibilisation » ?

J’y reviendrai.

Voici donc deux exemples de ces formats d’atelier, que j’ai conçu et mis en scène pour le compte de mes clients.

Y’a un bruit !

Je suis appelé un jour pour aider l’ingénieur HSE d’un site qui produit des panneaux de verre.

Il souhaite mettre en place des ateliers « courts mais percutants » sur une journée.

Il voudrait donc un format « original, simple et efficace » pour marquer les esprits et sensibiliser les opérateurs et les techniciens  de son site sur les risques d’atteintes auditives irréversibles lors des opérations de découpe de verre ou de cloutage de palettes lors des colisages.

Comme beaucoup le savent, les atteintes de l’oreille interne peuvent être irréversibles et entraîner des acouphènes qui peuvent varier en intensité et en hauteur de son.

Le plus pénible, à ma connaissance, étant l’acouphène pulsatile qui produit un son aigu (4000 Hz) qui suit les battements cardiaques… jour… et nuits.

L’ingénieur HSE m’assure même que certaines personnes atteintes d’acouphènes particulièrement pénibles sont parfois amenées à mettre fin à leurs jours pour arrêter le supplice.

Malgré cela, dans cette entreprise, il semble que certains opérateurs “omettent” encore de porter leurs bouchons d’oreilles. Certains commencent pourant à entendre des petits bruits de temps à autres à l’intérieur de leurs oreilles, le soir à la maison.

Comment faire ?

J’aime utiliser les sens et les sensations corporelles pour pouvoir « faire vivre » aux participants de mes ateliers de sensibilisation les possibles conséquences des risques auxquels ils s’exposent.

Ainsi, après avoir réfléchi avec l’ingénieur HSE du site sur les messages à faire passer et les bonnes pratiques à respecter, il me vient l’idée de jouer sur les capacités auditives des participants.

Je décide de construire un atelier de 45 mn (un par heure) autour d’un « blind-test » !

Le « blind-test » est une pratique ludique et dynamique qui consiste à gagner des points en trouvant le plus rapidement possible le titre et l’interprète d’un morceau de musique populaire.

Mais ce « blind-test » comportera une « particularité ».

L’atelier :

Le jour venu, chaque heure, une douzaine d’opérateurs et de techniciens arrivent et s’installent sur des chaises qui font face à un tableau blanc. En face d’eux, il y a une table sur laquelle sont posés un ordinateur et une paire d’enceintes.

Je les accueille avec le sourire et introduit la thématique de l’atelier : le port des protections auditives.

L’atelier commence sur un rythme classique de type « participatif » : la cartographie des bruits de l’entreprise, un petit jeu sur « saurez-vous reconnaître ce bruit de chez vous ? », les échelles de décibels, les risques, les conséquences, les types de bouchons et les bonnes pratiques à avoir.

Les participants jouent le jeu, les échangent fusent mais derrière les « j’ai compris » et les « oui oui d’accord », il est évident qu’il s’agit surtout d’une « bonne piqûre de rappel » (la hantise des formateurs en prévention).

Alors que les discussions prennent fin sur les « ce qu’il faudrait qu’on fasse mais que l’on sait déjà parce qu’on nous l’a rabâché 500 fois », je leur propose de jouer à un petit jeu musical.

Changeant complètement de style d’animation, je me transforme en une sorte de Julien LEPERS survolté et leur propose de s’affronter sur un « blind-test » !

La plupart d’entre eux restent interloqués et se regardent entre eux en se demandant si j’ai perdu la raison.

J’explique les règles du blind-test et compose des équipes en mélangeant les « jeunes » et les « anciens ».

Après un rapide entrainement, le jeu commence « pour de vrai ».

S’enchainent alors les morceaux : Johnny, Cabrel, Mickael Jackson…

Les participants se prennent au jeu et finissent par bondir en hurlant les réponses : « c’est Highway to Hell d’AC/DC !!! »

Les points pleuvent et au fur et à mesure du blind-test, des bruits stridents se mêlent aux morceaux de musique.

Les bruits, d’abord imperceptibles, prennent de plus en plus d’importance et un acouphène pulsatile particulièrement strident et stressant se fait entendre.

Voici un exemple : Saurez-vous reconnaître cet extrait ?

Vous avez reconnu le morceau !? La réponse ici !

Imperturbable, je continue le « blind-test » comme si de rien n’était.

Je continue mon animation dynamique mais mon volume de voix et celui des morceaux de musique baissent peu à peu laissant toute la place à l’acouphène…

Au bout d’un moment, alors que je continue à lancer les morceaux de musique, les participants m’interpellent :

Pascal, c’est quoi ce bruit ? Tu peux pas l’arrêter ?

Et moi de répondre en hurlant :

« Non, je ne peux pas… un acouphène, ça ne s’arrête pas ! Et même si on met des bouchons d’oreilles, quand c’est trop tard, c’est trop tard… Remarquez, maintenant, vous savez quoi faire… »

Les participants me regardent éberlués tandis que je les remercie de leur participation et félicite les gagnants en hurlant dans un vacarme de bruit strident.

L’ingénieur HSE, en fond de salle affiche un sourire qui en dit long.

Une autre histoire ? Allez d’accord !

C’est l’histoire d’une pastèque qui chute

L’un de mes clientes, ingénieure sécurité dans le transport et la distribution du gaz me demande un jour d’animer un atelier de sensibilisation aux chutes de plain-pied sur l’un de ses sites.

Pour les responsables HSE qui me lisent, vous savez combien ce sujet n’emporte généralement pas les cœurs.

Nous organisons ainsi une réunion pour « brainstormer » sur les moyens de motiver le personnel à être plus vigilant lors des déplacements. Ma cliente souhaiterait appuyer sur les raisons qui amènent les salariés à ne pas percevoir une anomalie sur leur trajectoire ou à ne pas agir lorsque c’est le cas. Elle souhaite également les alerter sur les conséquences possibles d’une chute.

Et tout cela en 1 heure maximum par atelier pour que tout le personnel du site puisse être sensibilisé sur la journée !

Comment faire ?

Il nous vient l’idée de concevoir un parcours semé d’embûches pour confronter les salariés aux anomalies qui parsèment leurs itinéraires chaque jour et qui entraînent, malheureusement, des chutes avec parfois des conséquences graves.

Le rapport AT/MP 2016 rapporte plus de 73 000 chutes de plain-pied ayant entraîné un arrêt de travail de 4 jours, plus de 5000 incapacités permanentes et près de 15 morts !

Bien entendu le parcours devra être sécurisé afin de ne pas alourdir le bilan de l’année, ce qui serait un comble.

Et pour les conséquences… une pastèque !

L’atelier :

La jour J à heure dite, la responsable HSE donne rendez-vous aux participants sur à l’extrémité du site situé à proximité du parc de matériaux.

Une voie, sur laquelle nous avons préalablement disposé des anomalies sur les bords, traverse le parc et mène aux bâtiments administratifs.

Prétextant une « erreur d’organisation », la responsable HSE invite les participants à se rendre dans le bâtiment A à l’autre extrémité du site, où se tient l’atelier auquel ils ont été conviés. Quelques participants grommellent mais le groupe se met en marche à travers la voie qui traverse le parc. La responsable HSE veille à ce que les participants ne s’approchent pas des embûches qui parsèment le parcours.

Ainsi, pendant une dizaine de minutes, un groupe d’environ 30 personnes discutent en marchant vers sa destination.

Dans la salle réservée pour l’atelier, j’entends arriver les brouhahas du groupe à l’approche.

Je les accueille gaiement et les invite à s’approcher d’une grande table sur laquelle j’ai disposé des photos représentant les anomalies que l’on trouve habituellement sur le parc de matériaux (un bidon en plastique, une traverse qui dépasse, une tâche d’huile, une cale qui traine…).

Je les invite à un petit exercice :

  • En 3 sous-groupes, ils doivent reconstituer dans l’ordre d’apparition, les anomalies qu’ils ont préalablement croisées lors de leur parcours.

La plupart des participants restent cois même si certains tentent, sans grands succès, d’ordonner quelques photos.

Je m’étonne alors du faible taux de réussite de l’exercice et les participants me livrent deux sortes de réponses :

  • Ils n’ont rien vu de particuliers ;
  • Ils ont vu les anomalies mais n’ont rien fait de particulier ou n’ont pas interpellé la responsable HSE qui était avec eux.

Nous débattons alors des raisons pour lesquelles ils n’ont rien perçu ou n’ont pas agi.

Après avoir présenté les accidents de plain-pied de l’entreprise, les conséquences, recueilli des témoignages des participants sur leurs propres expériences de chutes ou leurs presque-chutes et les avoir fait réfléchir sur la vigilance partagée et la nécessité d’agir, je me saisis d’une pastèque et m’approche d’une grosse poubelle.

Je demande à l’un des participants de s’approcher et de me donner sa taille (disons 1m 70). Après avoir réalisé une rapide caricature du visage sur la pastèque afin de l’humaniser un peu, je demande au participant de se reculer et j’annonce :

« Voyons quelles peuvent être les conséquences d’une chute libre d’1 m 70 sur une tête ».

Sous les yeux horrifiés du public, la pastèque va s’écraser sur le fond de la poubelle  et se fend en plein milieu du visage en révélant son intérieur rouge et sanguinolent… effet garanti !

Pastèque explosée – Photo internet

Fin de l’atelier.

Encore aujourd’hui, il m’arrive de croiser des participants qui me disent :

Vous êtes le monsieur avec la pastèque !?

Je me dis que j’ai bien fait de ne pas choisir un melon.

Quelques conseils pour réussir votre sensibilisation à l’occasion d’une journée sécurité :

Vous l’aurez compris, sensibiliser des gens à une thématique de prévention sur un format court est un vrai défi.

Je compare souvent l’exercice à un spot publicitaire au regard d’un film de fiction.

Le film publicitaire doit provoquer une réaction, une émotion, une envie d’agir en moins de 2 mn. Il a besoin d’être clair, sensible et percutant pour nous interpeller. A l’instar d’un film de fiction, il ne peut pas se permettre de développer un thème ou des personnages. Il doit être intelligible et entraîner à l’action « maintenant » !

Je me fais cette réflexion à chaque fois que je vois une « sensibilisation » prendre la forme d’une formation classique.

Pour réussir à sensibiliser les participants, il me parait indispensable de venir les déloger dans leurs habitudes et leurs certitudes en les plongeant dans un univers décalé. Cela a pour conséquence de leur fait perdre leurs repères et leurs ouvrent la possibilité de réfléchir autrement.

Pour que cela soit possible et produise l’effet escompté, il ne faut pas jouer dans la demi-mesure mais assumer totalement ce décalage.

De même, un participant confortablement assis sur une chaise ne va mobiliser que son attention et son esprit pour « suivre » l’atelier. Il me parait donc nécessaire de lui faire ressentir  « les conséquences » de ses prises de risque, toute proportion gardée bien entendu.

Ainsi, un atelier de sensibilisation devra selon moi suivre ces quelques conditions :

  • Être organisé sur un format court (1h maximum)
  • Être décalé, ludique et assumé,
  • Mobiliser les sensations et/ou les émotions des participants, et ce, en passant par une implication « corporelle »,
  • Être très clair sur les « appels à l’action immédiate »,
  • Être expliqué en quelques mots pour recoller à la réalité des risques du terrain.

Enfin, une dernière condition, et pas des moindre :

Une sensibilisation ne doit comporter qu’UN SEUL THEME et un nombre très restreint de message pour être intégrée et efficace !

Mais le mieux, c’est que nous en parlions ensemble !

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